Le fraudeur des villes et le fraudeur des champs

Vous vous souvenez de cette fable de Lafontaine : Le rat des villes et le rat des champs ? On y découvre, à la manière poétique de l’auteur, la différence entre les deux « mondes », celui de la ville et celui de la campagne. Bien que le monde de la ville soit rempli de richesses et de convoitises, le rat des champs lui, préfère la simplicité et la vie paisible des champs, aussi modeste soit-elle.

C’est ce à quoi me fait songer les fraudeurs de ce monde : il y a les fraudeurs à cravates et les fraudeurs à bottes de jobber.

Vous l’aurez deviné, le fraudeur à bottes de jobber, c’est le petit monsieur tout-le-monde, le travailleur manuel, celui qui gagne sa vie de ses mains, souvent pour un modeste salaire. Bref, c’est un peu chacun de nous, qui gagne sa vie « à la dure » et qui à l’occasion, succombe au pêché mortel de travailler un peu au noir, histoire de mettre un peu plus de beurre sur la table.

C’est, pour la plupart du temps, de lui qu’on parle et qu’on dénonce sur le site des Communiqués de presse de Revenu Québec, contre l’évasion fiscale.

Modeste commerçant, simple père de famille ou petit travailleur à la semaine, souvent issu du Québec profond, si cher à M. Pettigrew, ancien ministre libéral.

C’est à croire que les fraudeurs à cravates, ça n’existent pas ! Allons bon, il doit bien y en avoir quelques uns ! Sans doute, mais ils ne sont pas légion… à moins que l’on ait décidé des les ignorer.

En effet, je me demande si Revenu Québec (RQ) ou l’Agence du revenu du Canada (ARC) a, en date de ce jour, effectué une ou des enquêtes sur la conduite fiscale de certains politiciens et/ou hommes d’affaires, éclaboussés par le scandale des commandites. Pas à ma connaissance.

Pourtant, les témoignages rendus lors de la Commission Gomery, associés aux divers éléments de preuves recueillis lors de l’enquête, constituent largement un début de preuve, ou à tout le moins un indice, de quelque chose de pas très catholique…

Aucun communiqué de Presse, ni à RQ, ni à l’ARC, aucune cotisation, aucune perquisition fiscale, aucune saisie d’élément d’actifs, aucune saisie de compte de banque, de salaires ou honoraires. Rien, rien du tout. Nada. Silence radio.

D’ailleurs, j’avais à cette époque énormément de difficultés à expliquer à mes modestes clients, pourquoi le fisc avait gelé leur compte de banque pour une dette de 5 000$.

Alors que les bulletins de nouvelles nous montraient à tous les soirs des Messieurs à cravate, expliquant qu’ils avaient tout oublié, entre autre s’il y avait 200 000$, 180 000$ ou seulement 120 000$ dans la petite enveloppe brune, je sentais la grogne monter chez les rats des champs. Pourquoi s’acharne t-on sur moi, pour seulement 5 000$, alors que le gars à la télé, lui, il a four..# »% le système pour 200 000 $, me disait le rat des champs.

Et les autres types, du genre de M. Vincent Lacroix ? Vous vous souvenez ? Norbourg, détournement de fonds, 130 000 000 $ de « perdus » ?


Que se passe t-il, côté fiscalité ? Oui, oui, je sais, vous me direz que RQ a déposé une pétition de faillite contre le brave garçon en octobre 2005.

Mais ça, c’était sans doute pour lui avoir négligemment fait un chèque de remboursement de quelques 991 000 $ quatre ans plus tôt. TVA avait sorti la nouvelle le 28 août 2007.

Certains bien-penseurs devaient en avoir épais sur la conscience et ça se comprend ! On tente de rattraper le coup, on fait amande honorable.

Mais pourquoi frappe t-on toujours sur le rat des champs, pourquoi est-ce toujours lui qui paye ? De quoi a-t-on peur, pour ne pas oser s’en prendre au rat des villes, quand on sait que ses larcins à eux seuls, valent bien 100, 500 ou 1000 peccadilles frauduleuses commises par son cousin des champs ?

Les autorités fiscales, qui nous bombardent sans cesse du même discours étatique à savoir : Le travail au noir nuit à tous, chacun doit supporter sa juste part du fardeau fiscal, ont lamentablement manqué une opportunité en or, de démontrer à tous l’homogénéité de leur discours.

Le fisc aurait aisément pu saisir cette occasion, pour démontrer et clamer haut et fort, que les lois fiscales s’appliquent à tous, sans distinction. Ne serait-ce que pour la galerie, il me semble que cela aurait calmé un peu les troupes, de sentir que le fisc n’hésite pas à joindre le geste à la parole, quand bien même il s’agirait du rat des villes.

Le rat des villes finira ainsi seul et paisiblement son copieux festin, alors que son cousin, le rat des champs, aura regagné sa modeste étable.

Faible lueur d’espoir au bout du tunnel, il semble que les autorités fiscales s’intéressent maintenant de plus en plus aux « planifications fiscales abusives », ou PFA pour les intimes. Nouveau terme savant pour décrire les fraudes fiscales très sophistiquées et savamment orchestrées par (et sans doute pour) de brillants messieurs à cravates. Mais ça, c’est un autre débat.

Louis Sirois

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Commentaires

Bonjour M. Sirois,
J’aime bien vos articles dont j’ai pris connaissance tout à fait par hasard… Celui-ci n’est pas piqué des vers et l’analogie et d’actualité. Je suis un ‘rat des villes’ mais avec l’esprit d’un ‘rat des champs’ et moi aussi je suis fatigué de me faire siphonner mon argent durement gagné… et on appelle ça la classe moyenne, mon oeil.
Dans la petite histoire, c’est plus facile pour l’ARC ou RQ de courir après le rat des champs, bien plus inculte en matière de fiscalité que son cousin de la ville, qui souvent dispose de moyen conséquent pour monter ses magouilles, et où le bassin de pigeons est aussi bien plus important pour se remplir les poches… Moralité, les fraudeurs en cravates échappent souvent au grappin. Comme dit le dicton, dans une toile d’araignée, les gros bourdons passent souvent à travers, il n’y a que les petites mouches qui restent engluées.
A bon entendeur Salut,
Un ‘rat des champs’ citadin.

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